Espace privé

Noelle Hoeppe, Chemin vers l’Éther

L’œuvre de Noelle Hoeppe est sans concession. Elle guide le spectateur de l’extérieur des corps jusqu’à leur plus profonde intimité. Il ne s’agit toutefois pas d’une description anatomique mais d’une approche à la fois sculpturale et psychique.

Après une période où son regard semble traquer la figure féminine comme une proie dans un jeu d’ombres crues et de contrastes violents, son travail s’est concentré sur la célébration du corps féminin. Les formats accentuent le caractère sculptural d’une photographie qui n’oublie toutefois rien de la puissance des surfaces : dans Blue Nudes la lumière joue avec les chairs nues comme sur des bronzes polis. L’œuvre de Noelle Hoeppe modèle ainsi les corps et les monumentalise. En apparence libre de leur mouvement, les corps sont toutefois pris dans des poses qui expriment la contrainte. C’est toute l’énergie qu’ils contiennent que tente de représenter Noelle Hoeppe. Parfois, comme dans RX ONE, c’est le corps masculin qui est traité. Massif, il est pressé contre une surface hostile, la lumière dorée pourrait faire de lui un Dieu antique mais il demeure à l’état de fantôme.

À toute cette partie de l’œuvre de Noelle Hoeppe répondent des séries où le regard est désormais lui-même contraint à observer au plus près. Blood, Red Fluids puis White Fluids forment une trilogie des humeurs – une sorte d’opéra organique où le spectateur est face à l’incertitude des corps. C’est à son imaginaire de préciser ce que lui-même est capable de projeter. Sang, sperme, tout ce que secrète le corps par ses blessures et ses béances est traité d’un point de vue inédit : l’abject a trouvé une forme ornementale et essentielle. Il y a, dans l’œuvre de Noelle Hoeppe, quelque chose d’Antonin Artaud, une puissance de la pulsion de mort qui rejoint l’essence vitale, mais au corps sans organe du poète répond ici, au contraire, l’organique pur.

X 23, une série récente, ressemble à une échappée. Les formes évoquent les vues astronomiques d’espaces lointains. Est-on définitivement à l’intérieur des corps ? Mais alors il s’agirait de corps célestes. Des images de l’éther, enfin.

Michel Poivert.

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